Pour l’ensemble de ces approches, la première rencontre est consacrée à recueillir l’anamnèse des troubles, l’histoire des traumatismes et les antécédents médicaux (cardiaques, vasculaires, épileptiques, ophtalmologiques) et un éventuel état de grossesse qui peuvent contre-indiquer ces approches susceptibles de provoquer des abréactions1* violentes ou des crises d’épilepsie liées à la stimulation visuelle.
EMDR
Le traitement suit un protocole en sept phases : les phases spécifiques du traitement (exposition, désensibilisation et retraitement de l’information) sont mises en œuvre après une période de stabilisation clinique et d’exploration du traumatisme.
La première phase permet le recueil de l’histoire du patient et la planification du traitement. L’objectif de la deuxième phase est de mettre en place une relation thérapeutique sécurisée et d’aider le patient à s’apaiser : c’est une phase de stabilisation. Les patients peuvent alors parler plus facilement de l’événement traumatique sans être débordés.
Le thérapeute explore le traumatisme avec précision et recherche l’événement qui sera la cible du traitement par la mise à jour d’une image ou d’une autre expérience sensorielle (bruit, odeur...). Le patient identifie une croyance négative associée à cet événement (« j’aurais dû agir », « je ne vaux rien »). Du choix de la croyance négative découle une croyance positive qui constituera l’objectif à atteindre pour le patient. En outre, il va mesurer le niveau de perturbation liée à l’émotion ressentie (honte, tristesse, peur, etc.) sur une échelle de 0 à 10 (10 étant le niveau de perturbation maximale) et ressentir où siège cette perturbation dans le corps.
La quatrième phase est celle de la désensibilisation. Le patient se concentre sur l’événement traumatique identifié en même temps qu’il suit des yeux les mouvements bilatéraux de l’index du thérapeute. La désensibilisation consiste à évacuer les émotions, les images, les sensations, les réactions corporelles liées au traumatisme. Le thérapeute ne fait pas d’interprétation, il évalue avec le patient l’état d’inconfort après une dizaine de stimulations bilatérales. Il accompagne le patient dans son cheminement jusqu’à ce que l’évocation de l’expérience ne suscite plus de perturbation. La désensibilisation est terminée quand l’inconfort est coté à 0 par le patient.
La cinquième phase (phase d’ancrage) consiste à installer une cognition positive à la place de la croyance négative, toujours accompagnée par des séries de stimulations bilatérales. Le travail s’arrête lorsque la croyance positive est ressentie comme vraie par le patient.
La sixième phase permet de s’intéresser au vécu corporel et à la persistance de sensations corporelles pénibles. La septième est une étape de clôture et de commentaire autour de la séance. Lors de la séance suivante, thérapeute et patient explorent les changements qui se sont produits. Cette réévaluation permet de fixer les objectifs de la séance.
L’efficacité de l’EMDR a été démontrée dans le traitement du trouble de stress post-traumatique.3, 4
Intégration par les mouvements oculaires
L’IMO s’appuie sur une intégration multisensorielle alors que l’EMDR met en jeu une restructuration cognitive consciente. De plus, l’IMO utilise des nombreux schémas de mouvements oculaires dans des directions différentes à une vitesse choisie par le patient, ce qui la distingue de l’EMDR qui maintient le même schéma jusqu’à désensibilisation complète et pour laquelle la vitesse des mouvements est plus rapide.5
L’hypnose dans le traitement du traumatisme
Les thérapies mettant en œuvre l’hypnose sont indiquées dans un grand nombre de situations. Nous présentons ici des stratégies d’utilisation de l’hypnose spécifiques au traumatisme. Elles ne sont donc aucunement exhaustives de l’utilisation de l’hypnose mais illustrent le travail orienté directement sur le traumatisme.
Lors de la première rencontre, le thérapeute cherche quels éléments visuels, auditifs, olfactifs, kinesthésiques sont prépondérants au cours des reviviscences (odeurs, images, bruit d’explosion...). Ces éléments perceptivo- sensoriels sont utiles pour orienter la séance. Le thérapeute explore par ailleurs les goûts, les loisirs, ce qui constituait la trame du quotidien avant l’événement. Il explique au patient le déroulement d’une séance et les phénomènes déconcertants qu’il pourrait être amené à vivre et s’assure de son hypnotisabilité par une première induction hypnotique. S’il est établi que le patient répond à l’hypnose, le thérapeute peut opter pour une méthode de « double dissociation » mise au point par des psychiatres militaires de l’hôpital d’instruction des armées Desgenettes de Lyon.
Le patient va revivre sous hypnose l’intégralité du déroulement de la scène traumatique, en la visualisant sur un écran de salle de cinéma. Installé en imagination et muni d’une télécommande qui lui assure la maîtrise, il a la possibilité de mettre sur pause, d’accélérer, de couper le son, de faire un arrêt sur image en modifiant un détail de la scène ou de passer de la couleur au noir et blanc. Rendu à la fois spectateur et acteur, accompagné par son thérapeute dans l’ici et maintenant, le patient repasse le film jusqu’au moment où l’abréaction est complète sans que les images provoquent l’effroi traumatique, rangées désormais parmi les souvenirs douloureux. La séance d’hypnose s’achève sur une induction de calme retrouvé.
Cette technique d’exposition est éprouvante à la fois pour le patient qui se trouve confronté à ses reviviscences et pour le thérapeute qui l’accompagne ; elle est néanmoins d'une très grande efficacité. Le thérapeute reverra le patient 15 jours après, puis 6 mois plus tard pour s’assurer du maintien de l’efficacité du traitement. Bien souvent, une seule séance est nécessaire pour traiter les symptômes traumatiques.
Une autre approche hypnotique beaucoup moins exposante, plus douce et symbolisée consiste à réinscrire la vie du patient dans un fil narratif au moyen de récits ayant un début, un milieu et une fin, structurés autour d’analogies et de métaphores qui restituent sens et mouvement à la vie du patient. Une telle construction, qui doit impérativement correspondre au patient (isomorphisme) sans qu’il y reconnaisse sa propre histoire, permet de raconter une catastrophe advenue tout en en figurant une issue pensable et permet d’aborder non seulement l’événement traumatique mais aussi la culpabilité, la solitude, le deuil et tous les remaniements psychiques imposés par le traumatisme.
L’hypnose, processus psychique dont la dissociation est l’une des composantes majeures, se révèle efficace dans la prise en charge des troubles post-traumatiques chez l’enfant et l’adulte.7, 8
Les études actuelles ne peuvent pas conclure sur l’efficacité à long terme des psychothérapies en raison du faible nombre de données disponibles.4
Précautions avant la mise en route du traitement
Pour l’ensemble de ces approches, il faut recueillir l’anamnèse des troubles, l’histoire des traumatismes et les antécédents médicaux (cardiaques, vasculaires, épileptiques, ophtalmologiques) ou un état de grossesse ; et vérifier si le patient peut bénéficier du traitement par les mouvements oculaires.S’il existe des antécédents cardiovasculaires ou neurologiques (infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral, hypertension artérielle, épilepsie), l’avis du médecin traitant est requis dans la mesure où ces approches sont susceptibles de provoquer des abréactions violentes ou des crises d’épilepsie liées à la stimulation visuelle.S’il existe des douleurs oculaires, les mouvements oculaires sont contre-indiqués, il faut privilégier d’autres types de stimulations (auditives ou tactiles).
Début du traitement par rapport à l’apparition des troubles
Le traitement peut débuter 1 mois après l’événement mais peut être mis en œuvre plus tôt si la situation du patient se dégrade.Le traitement peut intervenir plusieurs années, voire décennies après le traumatisme.
Indications
Le traitement est indiqué chez l’enfant, l’adolescent et l’adulte avec des aménagements du cadre chez l’enfant et des séances plus courtes.
Contexte psychiatrique
Les états psychotiques décompensés contre-indiquent l’utilisation des mouvements oculaires.Le traitement EMDR peut être réalisé lors d’une hospitalisation si le contexte clinique l’exige.Le contexte d’antécédents ou d’usage de toxiques doit inviter à la prudence du thérapeute.